dimanche 10 novembre 2019

LES MURS SONT ETERNELS


Aujourd'hui nous nous souvenons de toi, petit ange parti trop tôt. Et toi, tu te souviens? Tu étais fier et droit. Imposant et minéral. Froid et ferme. Tu nous protégeais des méchants qui étaient de l'autre côté de toi, de chaque côté. Tu devais durer 100 ans, mais "ils" t'ont détruit, et plus rien n'est comme avant. Tu nous faisais peur, de part et d'autre de toi-même, mais tu organisais nos vies, et c'était simple.

dimanche 27 octobre 2019

LE HERISSON HERETIQUE

Il y a 70 ans, en 1949, sortait en Yougoslavie "Ježeva Kučica", livre culte de l'écrivain Branko Copic (prononcer respectivement "Yèjèva Koutchitsa" et "Brann'ko Tchiopitch").

"La petite maison du hérisson" est une fable morale pour enfants, écrite en vers dans un style entre poésie épique et légende populaire.

L'histoire conte un épisode de la vie de Ježurka Ježić (prononcer Yèjourka Yèjitch), hérisson flegmatique, vivant modestement dans sa tanière au coeur de la forêt, une tanière que, pour rien au monde, il ne quitterait. Hérisson se dit jež en serbo-croate (prononcer yèj), et le nom du héros est donc une construction, intraduisible, autour de ce mot racine (on pourrait tenter un "Héri Le Hérissonnet").

L'intrigue commence avec la lettre que le lapin-facteur apporte à Ježurka, une lettre envoyée par la "renarde" (lisica, prononcer "lissitsa", "renard" en serbo-croate, est un mot féminin dans cette langue), qui l'invite à déjeuner chez elle. Invitation acceptée sur le champ par notre hérisson. Les deux personnages s'échangent de nombreuses politesses et bons mots, et font bonne chère.

mardi 1 octobre 2019

"ARTWASHING" SUR LES BORDS DE LA SAVE

Le Musée d'Art Contemporain de Belgrade (Muzej Savremene Umetnosti, MSU) accueille, du 21 septembre 2019 au 20 janvier 2020, "The Cleaner" ("Čistać" en langue locale), vaste rétrospective consacrée à Marina Abramovic. C'est un événement à plus d'un titre, et en particulier parce que la dernière exposition à Belgrade de la pasionaria de "l'art-performance-extremo-conceptuel" remonte à ...1975. Un événement aux allures de come-back qui pourtant déchaîne les passions et génère une chaude et belle polémique, digne de celles dont l'Hexagone est coutumier. En cause, le budget faramineux de l'exposition, plus d'un demi million d'euros, autant que le budget annuel du MSU lui-même, MSU dont il faut rappeler qu'il fut, à l'instar d'autres musées de la Yougosphère, longtemps fermé pour cause de travaux de rénovation inachevés...faute de budget. Le musée à réouvert en 2017, après 10 ans de fermeture, et reprend peu à peu son rythme de croisière. L'expo de Marina Abramović tombe donc à pic pour, idéalement, relancer cette institution, crée en 1965 malgré le mépris de Tito pour l'art contemporain, jugé par le maréchal comme décadent, bourgeois, et occidental, mais c'est une autre histoire, quoique...

 Le MSU.

Mais au fait, qui paye ? C'est dans la réponse que se trouve le principal point de crispation de la polémique, car c'est l'Etat serbe, c'est à dire le gouvernement d'Aleksandar Vučić, qui a débloqué les fonds publics nécessaires à la tenue de l'exposition. Dans un pays où la majorité de la population continue de survivre avec des revenus autour de 500 euros pour un coût de la vie guère plus bas que celui de la France, cette dépense somptuaire heurte, d'autant que le gouvernement Vučić, l'un des plus impopulaires de l'histoire contemporaine serbe, demande à ses concitoyens des "poursuivre les efforts face aux indispensables réformes" (refrain entendu ailleurs), et se voit vigoureusement critiqué pour ses investissements calamiteux dans des projets comme l'ultra controversé "Beograd na Vodi", qui défigure à jamais la ville basse de Belgrade avec ses buildings "de grand standing", sans répondre aux besoins réels et pressants de la capitale en termes de logement, d'urbanisme, d'infrastructures, et d'écologie.

Au delà des procès habituels en élitisme et autre poujadisme anti-artistiques qui s'expriment contre Marina Abramović, et auxquels il est évidemment ici hors de question de prêter le flanc, il faut préciser que cette exposition et son financement posent question jusque dans les milieux artistiques ou intellectuels eux-mêmes. A priori favorables à Marina Abramović, ou reconnaissant au moins l'importance de son oeuvre, ces artistes et intellectuels sont - pour la plupart - opposés au régime d'Aleksandar Vučić. Entre les difficultés à créer ou à penser en Serbie, la critique du pouvoir, et la recherche d'une position équilibrée face à cette exposition, leur désarroi est profond.

Dans le flot des commentaires plus ou moins pertinents qui agitent les débats autour de cet événement, un point de vue me semble se démarquer, à la fois parce qu'il expose précisément les problèmes que constitue ce soutien de l'Etat à "The Cleaner", qu'il en identifie les enjeux cachés, mais aussi parce qu'il fait intelligemment la part des choses. Ce point de vue est celui de Branislav Dimitrijević, éminent théoricien et historien de l'art, commissaire de nombreuses expositions, et connaisseur avisé de la création artistique yougoslave et post-yougoslave. Interrogé récemment par Radio Slobodna Europa, l'antenne serbe de Radio Free Europe, il répond avec des mots choisis, et des arguments affûtés, ainsi que parfois un soupçon d'ironie (interview complète ici, en serbo-croate). Je traduis et reprends ici la majeure partie de ses propos, auxquels je souscris entièrement, avant de proposer quelques réflexions et commentaires personnels sur cette affaire :

lundi 30 septembre 2019

LE CHANGEMENT, C'EST MAINTENANT!

Suite à de nombreuses réflexions personnelles, complétées d'échanges avec des amis instruits et réfléchis sur les questions liées au web 2.0, ce blog et son prolongement facebookiens vont connaître quelques changements. L'envie est forte depuis longtemps de redonner un nouveau souffle à un travail, commencé ici en 2011 sans trop savoir où il allait nous mener, mais assez original et excitant pour que son auteur, malgré d'inévitables phases de doutes, pertes d'inspiration ou simple surcroît de "Real Life", n'ait jamais eu envie de le lâcher. Cette motivation s'est vue aussi entretenue par le fait que, de l'autre côté de l'écran, un public, certes peut-être modeste voire "de niche", s'est constitué et semble trouver matière à s'enrichir l'esprit dans les thèmes que j'ai ici développés et les angles que j'ai choisis.
 
Si le bilan est donc "globalement positif", cette aventure affiche néanmoins selon moi des signes de fatigue et une légère sensation de surplace...Ce ne sont pas forcément les sujets ou les approches, parfois ressassés, qui sont en cause, même si, ça et là, je peux avoir le sentiment d'avoir fait le tour d'une question. J'ai mes obsessions, mes mauvaises têtes, mes parti-pris, mes centre d'intérêts et mes convictions, et forcément, ils viennent habiter, parfois malgré moi, comme le naturel qui revient au galop, la plupart des publications. Je crois pourtant, et sans ici me la raconter, avoir réussi, sans trahir les envies de départ, à diversifier le propos au fil du temps, et aussi à évoluer sur certains points de vue...

jeudi 22 novembre 2018

FRATERNITE DE LA DISSONANCE


Les récentes commémorations de la première grande boucherie mondiale du siècle dernier sont un bon prétexte pour sortir des tiroirs un projet musical singulier, passé globalement inaperçu: "Serbian war songs" est paru en 2017, et je n'ai moi-même découvert ce disque que très récemment, un peu par hasard. Le titre est à la fois trompeur et exact. En l'occurrence, ce n'est pas à proprement parler une anthologie de chants militaires éditée pour renflouer le budget de l'armée serbe fragilisé par les guerres des années 90, ni une énième initiative patriotique glorifiant les hauts faits d'armes de cette valeureuse nation. Non. Si ces "chansons de guerre serbes" sont bien des oeuvres du folklore traditionnel ou du répertoire militaire, composées à l'époque de la Première Guerre Mondiale en Serbie, elles sont ici "déconstruites" pour être réinterprétées dans le langage particulier des musiques d'avant-garde. 

mardi 9 octobre 2018

COPINAGE: GRENOBLE CAPITALE DU NSK


Dans les très prochains jours, à savoir du 11 au 14 octobre 2018, la capitale du Dauphiné sera, pour la deuxième année consécutive, l'épicentre du NSK en France. 

Le NSK, alias "Neue Slowenische Kunst" ("Nouvel Art Slovène", en allemand dans le texte), c'est ce mouvement artistique né au tout début des années 80 en Slovénie, autour du célèbre groupe Laibach, volontiers évoqué dans ce blog ou sur son pendant facebookien. Le NSK s'est posé au départ en miroir des tensions et contradictions de la Yougoslavie post-Tito, ainsi que de la société slovène d'alors, dévoilant les ambiguïtés et fractures d'un régime finissant, dont certains des acteurs allaient troquer le "socialisme antifasciste" pour le "nationalisme autoritaire" afin de se maintenir au pouvoir. Le tout sur fond de "détachement cynique" d'une population qui, majoritairement, ne croyait plus à l'idéologie (si tant est qu'elle y ait cru un jour), mais "faisait semblant", avant de se laisser tenter à son tour par la promesse de réalisation du grand rêve national, sensé remplacer la ringarde "fraternité et unité".

samedi 6 octobre 2018

REGARDS SERBES DANS LE MIROIR CATALAN

Les aspirations indépendantistes qui s'expriment en Catalogne font aussi causer en ex-Yougoslavie, où le sécessionnisme fait partie de l'histoire récente, voire de l'actualité (cf. l'épouvantail récurrent de la sécession de la Republika Srpska). La grave "crise" de l'automne 2017 entre Madrid et Barcelone a volontiers sonné sur place comme un retour du refoulé de la crise yougoslave d'alors, même si toutes les comparaisons et analogies avec celle-ci ne sont pas forcément pertinentes. On a largement commenté sur place ces événements, que ce soit chez les professionnels de l'information (la presse) ou chez les "amateurs" sur les réseaux sociaux. Chacun est allé de son analyse, projetant bien souvent un regard yougo-centré, pas forcément inexacte ou inintéressant, mais parfois néanmoins emprunt de fantasmes ou de raccourcis.

Pour le dire concrètement mais de façon schématique, les pro-indépendance ont inscrit le combat catalaniste dans une même dynamique que le combat indépendantiste de leur peuple lors de la dislocation yougoslave. Le "mouvement catalan", réputé "moderne", dynamique, modéré, et ancré dans les valeurs européennes, a eu bon dos pour certifier que les indépendances d'alors (ou à venir) dans la Yougosphère étaient légitimes et bien intentionnées. Une façon d'effacer les pots cassés et autres dommages collatéraux de ces indépendances, de la purification ethnique, administrative ou militaire, aux crimes de guerre. Du côté de ceux qui expriment des réserves ou sont ouvertement défavorables à l'indépendance de la Catalogne, on a justement rappelé avec force combien les envols pris par les uns et les autres en Yougoslavie ont généré de violence, certains exprimant leur inquiétude, affirmant que les Catalans ne savaient pas ce qui les attendait en termes de répression.

vendredi 11 mai 2018

PLONGEES EN ABYSSES


C'est la bonne nouvelle de l'édition qui démarre en ce moment, le Festival de Cannes propose cette année deux films en liens avec la Yougosphère qui me paraissent plus que dignes d'intérêt: "Chris the Swiss" de la Suissesse Anja Kofmel et "The load/Teret" du Serbe Ognjen Glavonic (prononcer Og'niène Glavonitch). Je n'ai pas encore vu ces deux films, puisqu'ils ne sont pas sortis en France à ce jour, mais il se trouve que je connais assez bien le contexte auquel "Chris the Swiss" fait référence. Quant à Ognjen Glavoni, outre le fait que j'ai bu des bières avec lui au Festival Intergalactique de l'Image Alternative à Brest en 2014, ce qui indéniablement crée des liens, je suis aussi fan de son travail cinématographique. J'avais adoré son "Zivan pravi pank festival", portrait d'un jeune marginal de Voïvodine se piquant d'organiser un festival punk dans son village, et je viens de voir "Dubina Dva/Depth Two", dont "the Load" est le prolongement. 

Ce post ne parlera pas des films présentés à Cannes en tant que tels, mais propose des développements et extrapolations contextuels qui me semblent utiles à partager, en attendant que "Chris the Swiss" et "the load" soient projetés sur nos écrans, je l'espère, très largement, c'est à dire pas seulement à Paris, Lyon, et éventuellement Marseille, mais aussi chez les bouseux de province, qui aiment eux-aussi voir des films qui instruisent ou font réfléchir. Cette dernière remarque s'adresse aux professionnels de la profession (distributeurs, diffuseurs...), au vu de la difficulté de voir des films d'ex-Yougoslavie hors grandes métropoles et festivals spécialisés. Même les derniers Tanovic ont été très mal diffusés. Ce problème ne concerne bien-sûr pas les films d'Emir Kusturica, mais ça on le savait déjà... Fin de la parenthèse.

Les deux films ont ceci de commun de plonger dans certaines abysses des guerres yougoslaves, dealant chacun avec des faits encore aujourd'hui tabous voire volontairement passés sous silence, le tout dans deux pays clés du conflit: la Croatie et la Serbie.

mardi 13 mars 2018

LE ROCK DANS SON JUS DE POMME


Je ne sais pas vous, mais moi j'ai toujours trouvé qu'il flottait à Zagreb un fond d'air électrique, une atmosphère rock'n'roll. Une impression qui m'a saisi dès ma première visite dans cette ville. Zagreb n'est ni Manchester, ni New York et encore moins Londres, et pourtant, aux seuils des façades jugendstil vieillissantes, à l'ombre des usines aujourd'hui désaffectées, où autrefois grouillait le peuple élu du socialisme, ou encore au pied des tours brutalistes fatiguées des quartiers dortoirs, on se les imagine aisément, les rockers locaux, posant crânement, comme leur modèles britanniques ou américains, dans ce décor où se mêlent, sans toujours une grande cohésion, les époques et les styles, la marque de l'histoire et celle du quotidien. Dans ces confins où se frottent l'Est réputé arriéré et l'Occident supposé moderne, le rocker local assume depuis toujours l'apparente schizophrénie que constitue sa passion musicale d'importation, qu'il affiche comme un trophée existentiel, et son destin de mauvaise graine ayant poussé du mauvais côté de l'Europe. Cette schizophrénie finit par faire fusion et façonne un esprit rock spécifique, où le tempérament frondeur local se marie à merveille avec le "vivre vite" que véhicule cette musique. Certes, Zagreb ne fut pas le seul pôle rock dans l'ancienne Yougoslavie, mais cette subculture s'y est néanmoins épanouie avec succès, et a su y garder une certaine forme d'authenticité et d'intégrité. Plusieurs facteurs ont contribué à cette situation. Un lieu, en particulier, a joué, modestement mais sûrement, un rôle indéniable de "prescripteur" et de catalyseur. 
Ce lieu c'est le club Jabuka ("La Pomme", prononcer "Yabouka"). Il vient de fêter ses 50 ans d'existence, et un lien personnel nous lie, lui et moi: un peu de ce blog a été inspiré par mes nuits passées à la Jabuka, au mitan des années 90. Tout cela vaut bien un post, et Yougosonic revient sur l'histoire de la Jabuka, qui rejoint, celle, plus globale, de la Croatie.

C'est en février 1968 que des membres de la "Ligue de la Jeunesse pour la Paix" investissent cet ancien bowling du paisible quartier de Jabukovac ("la pommeraie", prononcer "yaboukovatz"), sur les hauteurs de Zagreb. Un bowling où, pour la petite, ou plutôt la grande histoire, jouèrent successivement Ante Paveli
ć puis le Maréchal Tito, ainsi que les généraux du "Mouvement de Libération Nationale". C'est donc plus ou moins un ancien mess militaire qui devient, dans cette période de bouillonnement sociétal qu'est la fin des années 60, le lieu de promotion de la paix et de la non violence, sous la houlette d'une organisation de jeunesse para-socialiste. 

samedi 13 janvier 2018

FUNERAL TRIBUNE

Photo (c) Mirsad Behram pour Radio Slobodna Evropa.

Predrag Lucić nous a quitté ce mercredi 10 janvier 2018, à l'âge de 54 ans, emporté par la même "longue maladie" que celle qui nous priva déjà d'autres plumes humoristiques talentueuses, telles Desproges et Reiser. L'humour, qui pourtant devrait être remboursé par la sécurité sociale, de par ses nombreuses vertus bienfaitrices, ne protège hélas pas de l'infâme bête à pince, mais cessons là les traits d'esprits, car l'ambiance n'est pas à la fête... Peu connu en France, hors de la sphère des yougophiles serbocroatophones, Predrag Lucic (prononcer Prédrag Loutsitch) est né à Split, 2e ville de Croatie, en 1964. Il est l'un des fondateurs du célèbre "Feral Tribune", l'une des rares voix médiatiques indépendantes dans la Croatie de Franjo Tudjman. Le magazine satirique est connu pour avoir tissé des liens avec Charlie Hebdo, dans une fraternité de l'humour politique qui avait su dépasser les barrières de langue et de culture (on en avait parlé ici). 


Predrag Lucić

C'est au sein du "Feral" que Predrag Lucić, et ses deux principaux frères d'armes, Boris Dežulović et Viktor Ivančić (prononcer respectivement Déjoulovitch et Ivann'tchitch), testeront la subtile et complexe dialectique qu'implique la contestation, par l'humour ou par l'enquête de fond, d'un pouvoir peu réceptif à la critique. D'abord avec le régime communiste finissant, lorsque le "Feral" est encore un supplément hebdomadaire du grand quotidien de Split et de sa région, Slobodna Dalmacija ("Dalmatie Libre"), et que s'ouvrent ça et là des fenêtres d'impertinence; puis, lorsque le HDZ de Franjo Tudjman prend le pouvoir, non seulement en Croatie, au bord de l'indépendance, mais également au sein de la rédaction de Slobodna Dalmacija, dans une parfaite continuité des méthodes de noyautage tous azimuths de l'ancien régime, dont, après tout, la plupart des membres du parti nationaliste sont issus. 

mercredi 20 décembre 2017

Les détours de Yougosonic #1: pour en finir avec Russia Today (en quelques liens)


On le sait, l'espace yougoslave est situé à la croisée de différentes zones d'influences culturelles et géopolitiques, pour le meilleur, souvent sous-estimé, et pour le pire, volontiers exagéré. Cette double position de carrefour et de zone de frottement fait que celui qui se passionne pour ce territoire, à l'instar de ce blog et de ses lecteurs, se doit d'être également attentif à d'autres régions et cultures d'Europe et du monde, pour des raisons évidentes de liens historiques, culturels, politiques, et économiques avec la Yougosphère. Il est ainsi nécessaire, par exemple, de s'intéresser aux autres pays et communautés de langues slaves. 
Au delà de ce qu'on appelle le "monde slave", il faut aussi ouvrir ses antennes vers ce qu'on appelle "l'Europe Centrale", le "monde musulman", le judaïsme, l'espace méditerranéen, ou encore le domaine germanophone. Sans oublier de tendre l'oreille sur ce qui se passe en Turquie, en Hongrie, en Roumanie, et les territoires de langue albanaise. 
Ajoutons à ce macroscope "géoculturel" regardant tous azimuths, qu'il faut aussi frayer avec de nombreuses disciplines: l'histoire, la géographie, les sciences politiques, la sociologie, l'anthropologie, la linguistique, la philosophie, le droit international, et bien d'autres encore... Il est bien-sûr impossible de tout maîtriser à la perfection, et je suis moi-même loin d'être instruit à égalité sur l'ensemble de ce qui précède. Je savoure cependant régulièrement cette opportunité, qu'offre l'étude de la Yougosphère, de pouvoir m'ouvrir ainsi à de nombreux satellites du sujet principal.

J'inaugure aujourd'hui une nouvelle rubrique dans ce blog, "les Détours de Yougosonic" dont l'idée est d'aborder occasionnellement certains de ces "satellites", d'offrir des prolongements, digressions, compléments, miroirs ou comparaisons au sujet principal. Celui-ci ne disparaîtra pas mais sera présent en filigrane. 

Premier essai avec un détour par la Russie, et sa redoutée force de frappe médiatique officielle.


dimanche 3 septembre 2017

LE MARTEAU ET LE MICROSILLON

Veče YU fanka=Soirée YU funk 
(YU=abrégé de Yougoslavie).

Le 1er septembre 2017 se tenait une soirée "YU-Funk" sur le parvis du Musée d'Histoire de la Yougoslavie à Belgrade (visuel ci-dessus). Ce musée abrite le mausolée de Josip Broz Tito et de sa femme Jovanka. Au passage, j'en recommande la visite à qui séjourne dans la capitale serbe, c'est un endroit très émouvant pour qui s'intéresse à l'utopie yougoslave et souhaite comprendre ce qu'elle a pu incarner pour celles et ceux qui y croyaient.

dimanche 6 août 2017

ICONOCLASMES #3: ENFUMER NUIT GRAVEMENT A LA VERITE

Une image circule régulièrement sur les réseaux sociaux et dans certains médias de la Yougosphère. Elle montre Tito s'allumer un cigare en présence de Richard Nixon. La scène se passe à la Maison Blanche lors de la visite du président yougoslave à Washington, fin octobre 1971.



Le commentaire qui accompagne généralement cette photo devenue virale expose les faits suivants: lors de son entrevue avec le président américain, Tito s'allume un cigare. Nixon aurait alors réprimandé son homologue yougoslave en lui-disant qu'il est interdit de fumer à l'intérieur de la Maison Blanche. Toujours d'après le commentaire viral qui accompagne la photo, Tito n'aurait eu que faire de la remarque de Nixon et aurait ainsi tranquillement allumé son cigare, le savourant au mépris de son hôte et des usages en vigueur dans le saint des saints du pouvoir américain. Nixon se serait alors incliné, et le commentaire viral de conclure en disant (je schématise): "Tito, lui, il avait des couilles. Même face à la première puissance impérialiste mondiale, rien à foutre, il fume son cigare. C'était le bon temps où on était respecté!"

Et la vaste communauté virtuelle des yougonostalgiques, des titophiles, des anti-impérialistes et autres bouffeurs de yankees d'applaudir chaudement à grands renforts de likes cet acte de bravoure du camarade Josip Broz. La légende veut en plus que le cigare ait été cubain, ce qui renforce encore la provoc'.

samedi 6 mai 2017

EN MARCHE !

"Balkanisation", 2011 
Oeuvre de Damir Radovic, publiée ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Tous droits réservés.
Plexiglass orange epoxy.
Dimensions variables.
L'oeuvre fait partie de la série "Territory of Madness"
.


A l'approche du second tour des présidentielles françaises, Yougosonic propose quelques réflexions, et un peu de déconnade, à travers le miroir que peuvent nous tendre certaines oeuvres et points de vue d'artistes de la Yougosphère, pour la plupart régulièrement convoqués dans ce blog. Hormis quelques rares exceptions, ce qui suit n'est aucunement un vade-mecum de ce qu'il faudrait faire, ni du prêt-à-penser au milieu du désarroi de nombreux citoyens face à un choix électoral de second tour aux allures de plante carnivore... 


Je ne fais que partager de manière modeste et un rien ludique, quelques impressions et sentiments, avec l'aide de quelques témoins d'ex-Yougoslavie.  Certains éléments feront peut-être débat. En raison de l'ambiance assez chaude-patate du moment, si j'en juge par les passes d'armes musclées en vigueur sur les réseaux sociaux, la vigilance sera à son maximum envers les commentaires, ici ou sur facebook, sur le plan de la courtoisie et de l'argumentation. Et n'oublions pas au passage que ce n'est pas sur le web que nous réglerons les problèmes de ce pays. Si il y a un message, c'est celui-là. 


Nouveauté: des intertitres ponctuent ce post touffu, couché à l'arrachée cette semaine. C'est joli, pratique, et ça guide la lecture, que je vous souhaite excellente.



*** Marche au pas et pas d'eux deux ***

Plus que jamais, en ces temps électoraux troublés, l'ironie mordante et les messages à interprétations multiples de Laibach trouvent leur pertinence. La cultissime reprise par le groupe slovène de "Live is life" en marche militaire résume parfaitement l'offre politique du second tour.



mercredi 19 avril 2017

BALKAN TRAFIK A BRUXELLES: COPINAGE ET INTERVIEW


LE COPINAGE:  

Demain, 20 avril, démarre à Bruxelles le Festival Balkan Trafik. J’avais déjà évoqué ce festival dans le blog en 2011, sous la forme d’un copinage assumé, et j’en remets une petite couche cette année. Même si Balkan Trafik propose beaucoup de fanfares, genre que Yougosonic, on le sait, ne met pas au sommet de son palmarès musical perso, j’ai de la sympathie pour cet événement, autant que pour son enthousiaste directeur, l’infatigable Nicolas Wieërs, dont l’approche de ce territoire qui nous passionne tous, me paraît ouverte, sincère et optimiste.

dimanche 15 janvier 2017

LE TRAIN SIFFLERA TROIS DOIGTS



Il n'est pas dans les habitudes de ce blog de réagir à chaud à l'actualité, j'ai toujours préféré le regard distancié et refroidi. Faisons toutefois une exception pour ce qui s'avère définitivement être l'une des premières "Bullshits of the year": le nouveau train qui devait relier Belgrade à Mitrovica-Nord, enclave serbe au Kosovo, s'est sans surprise arrêté avant la frontière sans arriver à son terminus. Le train a dû rebrousser chemin, à la fois en raison d'un probable sabotage par quelques nostalgiques de l'UCK sur la ligne, et suite à un gonflage de pectoraux des autorités kosovares, suivi d'un gonflage de pectoraux des autorités serbes, chacun s'accusant de provocation (résumé des faits ici). 


samedi 31 décembre 2016

LUCKY LUKE CHEZ LES YOUGOS


Je ne l'ai appris que très récemment, 2016 était l'année Lucky Luke, un hommage lié aux 70 ans du cow-boy solitaire dont les premiers exploits ont été publiés en 1946. J'ai toujours été fan du personnage inventé par Morris, et encore aujourd'hui, je me délecte de la (re)lecture de ses aventures. Mieux vaut tard que jamais, un petit clin d'oeil yougosonique s'impose donc.

mardi 20 décembre 2016

ABRASEVIC FETE SES 90 ANS


Le centre Abrašević (prononcer "Abrachévitch") de Mostar n'est pas inconnu des lectrices et lecteurs de ce blog. Une part de l'histoire de ce lieu avait été évoquée dans deux épisodes de la "Carte blanche à l'Etoile Noire", que vous retrouverez ici

Espace emblématique de la vie culturelle mostarienne, dont la bonne réputation va bien au delà des frontières de l'ex-Yougoslavie, le centre Abrašević est né le 20 décembre 1926, il y a 90 ans. Yougosonic s'associe aux festivités qui démarrent ce jour à Mostar et publie en français le très attractif programme de ces dernières. A noter, pour mes lectrices et lecteurs possèdant un compte facebook, que la page Abrasmedia, émanation du lieu, proposera plusieurs directs et "rendus" de la semaine. A suivre impérativement! Et bien-sûr, si vous êtes actuellement en Bosnie-Herzégovine ou en Dalmatie, région croate proche de Mostar, Abrašević est incontestablement cette semaine "the place to be". Bon anniversaire, salut fraternel à toute l'équipe, et surtout, longue vie au Centre Abrašević !!