dimanche 6 août 2017

ICONOCLASMES #3: ENFUMER NUIT GRAVEMENT A LA VERITE

Une image circule régulièrement sur les réseaux sociaux et dans certains médias de la Yougosphère. Elle montre Tito s'allumer un cigare en présence de Richard Nixon. La scène se passe à la Maison Blanche lors de la visite du président yougoslave à Washington, fin octobre 1971.



Le commentaire qui accompagne généralement cette photo devenue virale expose les faits suivants: lors de son entrevue avec le président américain, Tito s'allume un cigare. Nixon aurait alors réprimandé son homologue yougoslave en lui-disant qu'il est interdit de fumer à l'intérieur de la Maison Blanche. Toujours d'après le commentaire viral qui accompagne la photo, Tito n'aurait eu que faire de la remarque de Nixon et aurait ainsi tranquillement allumé son cigare, le savourant au mépris de son hôte et des usages en vigueur dans le saint des saints du pouvoir américain. Nixon se serait alors incliné, et le commentaire viral de conclure en disant (je schématise): "Tito, lui, il avait des couilles. Même face à la première puissance impérialiste mondiale, rien à foutre, il fume son cigare. C'était le bon temps où on était respecté!"

Et la vaste communauté virtuelle des yougonostalgiques, des titophiles, des anti-impérialistes et autres bouffeurs de yankees d'applaudir chaudement à grands renforts de likes cet acte de bravoure du camarade Josip Broz. La légende veut en plus que le cigare ait été cubain, ce qui renforce encore la provoc'.

samedi 6 mai 2017

EN MARCHE !

"Balkanisation", 2011 
Oeuvre de Damir Radovic, publiée ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.
Tous droits réservés.
Plexiglass orange epoxy.
Dimensions variables.
L'oeuvre fait partie de la série "Territory of Madness"
.


A l'approche du second tour des présidentielles françaises, Yougosonic propose quelques réflexions, et un peu de déconnade, à travers le miroir que peuvent nous tendre certaines oeuvres et points de vue d'artistes de la Yougosphère, pour la plupart régulièrement convoqués dans ce blog. Hormis quelques rares exceptions, ce qui suit n'est aucunement un vade-mecum de ce qu'il faudrait faire, ni du prêt-à-penser au milieu du désarroi de nombreux citoyens face à un choix électoral de second tour aux allures de plante carnivore... 


Je ne fais que partager de manière modeste et un rien ludique, quelques impressions et sentiments, avec l'aide de quelques témoins d'ex-Yougoslavie.  Certains éléments feront peut-être débat. En raison de l'ambiance assez chaude-patate du moment, si j'en juge par les passes d'armes musclées en vigueur sur les réseaux sociaux, la vigilance sera à son maximum envers les commentaires, ici ou sur facebook, sur le plan de la courtoisie et de l'argumentation. Et n'oublions pas au passage que ce n'est pas sur le web que nous réglerons les problèmes de ce pays. Si il y a un message, c'est celui-là. 


Nouveauté: des intertitres ponctuent ce post touffu, couché à l'arrachée cette semaine. C'est joli, pratique, et ça guide la lecture, que je vous souhaite excellente.



*** Marche au pas et pas d'eux deux ***

Plus que jamais, en ces temps électoraux troublés, l'ironie mordante et les messages à interprétations multiples de Laibach trouvent leur pertinence. La cultissime reprise par le groupe slovène de "Live is life" en marche militaire résume parfaitement l'offre politique du second tour.



mercredi 19 avril 2017

BALKAN TRAFIK A BRUXELLES: COPINAGE ET INTERVIEW


LE COPINAGE:  

Demain, 20 avril, démarre à Bruxelles le Festival Balkan Trafik. J’avais déjà évoqué ce festival dans le blog en 2011, sous la forme d’un copinage assumé, et j’en remets une petite couche cette année. Même si Balkan Trafik propose beaucoup de fanfares, genre que Yougosonic, on le sait, ne met pas au sommet de son palmarès musical perso, j’ai de la sympathie pour cet événement, autant que pour son enthousiaste directeur, l’infatigable Nicolas Wieërs, dont l’approche de ce territoire qui nous passionne tous, me paraît ouverte, sincère et optimiste.

dimanche 15 janvier 2017

LE TRAIN SIFFLERA TROIS DOIGTS



Il n'est pas dans les habitudes de ce blog de réagir à chaud à l'actualité, j'ai toujours préféré le regard distancié et refroidi. Faisons toutefois une exception pour ce qui s'avère définitivement être l'une des premières "Bullshits of the year": le nouveau train qui devait relier Belgrade à Mitrovica-Nord, enclave serbe au Kosovo, s'est sans surprise arrêté avant la frontière sans arriver à son terminus. Le train a dû rebrousser chemin, à la fois en raison d'un probable sabotage par quelques nostalgiques de l'UCK sur la ligne, et suite à un gonflage de pectoraux des autorités kosovares, suivi d'un gonflage de pectoraux des autorités serbes, chacun s'accusant de provocation (résumé des faits ici). 


samedi 31 décembre 2016

LUCKY LUKE CHEZ LES YOUGOS


Je ne l'ai appris que très récemment, 2016 était l'année Lucky Luke, un hommage lié aux 70 ans du cow-boy solitaire dont les premiers exploits ont été publiés en 1946. J'ai toujours été fan du personnage inventé par Morris, et encore aujourd'hui, je me délecte de la (re)lecture de ses aventures. Mieux vaut tard que jamais, un petit clin d'oeil yougosonique s'impose donc.

mardi 20 décembre 2016

ABRASEVIC FETE SES 90 ANS


Le centre Abrašević (prononcer "Abrachévitch") de Mostar n'est pas inconnu des lectrices et lecteurs de ce blog. Une part de l'histoire de ce lieu avait été évoquée dans deux épisodes de la "Carte blanche à l'Etoile Noire", que vous retrouverez ici

Espace emblématique de la vie culturelle mostarienne, dont la bonne réputation va bien au delà des frontières de l'ex-Yougoslavie, le centre Abrašević est né le 20 décembre 1926, il y a 90 ans. Yougosonic s'associe aux festivités qui démarrent ce jour à Mostar et publie en français le très attractif programme de ces dernières. A noter, pour mes lectrices et lecteurs possèdant un compte facebook, que la page Abrasmedia, émanation du lieu, proposera plusieurs directs et "rendus" de la semaine. A suivre impérativement! Et bien-sûr, si vous êtes actuellement en Bosnie-Herzégovine ou en Dalmatie, région croate proche de Mostar, Abrašević est incontestablement cette semaine "the place to be". Bon anniversaire, salut fraternel à toute l'équipe, et surtout, longue vie au Centre Abrašević !!

samedi 26 novembre 2016

ET SI ON LÂCHAIT UN PEU MELANIA TRUMP ?



Celles et ceux qui lisent ce blog régulièrement n'auront aucune peine à imaginer ce que je pense de la victoire de Donald Trump, même si, à titre personnel, je m'y attendais. Je le dis sans mépris ni arrogance envers celles et ceux qui croyaient en l'autre option et expriment leur consternation (et en même temps, Clinton, ce n'était pas non plus la panacée!). Je crois malheureusement que nous vivons un mouvement désormais bien engagé de l'histoire et des sociétés qui fait qu'aujourd'hui ce sont des cyniques calculateurs, des beaufs vulgaires, des excités autoritaristes, des brutes aux idées simples et courtes, des apôtres du fric facile, etc. qui dominent le marché de l'offre politique et récoltent, ou récolteront, le jack-pot du pouvoir: voyez Sarkozy, Valls, Poutine, Erdoğan, Farage, la famille Le Pen, Berlusconi, Vučić, Orban, Dodik, les frères Kaczyński.... liste non exhaustive.

On peut le regretter mais je crains que cette dynamique ne se poursuive, avec une probable prochaine étape en France en 2017, et l'heure est davantage à réfléchir à comment nous allons, non pas l'enrayer, mais à comment nous allons nous organiser pour y résister et limiter la casse... Vaste sujet, qui n'est pas celui de ce post, mais que je pose brièvement ici néanmoins, histoire de.

Le sujet de ce post, en l'occurrence, c'est le mélange de gêne et de perplexité qui me traverse face au "Melania Trump bashing", ce sport qui consiste à s'en prendre à Madame Trump, soit pour attaquer Trump lui-même, soit pour attaquer celle qui a choisi de faire sa vie avec lui. Le sport en question ne date pas d'hier mais il est revenu avec force sur les réseaux sociaux et dans certains médias depuis les élections US, que ce soit en Occident ou dans la Yougosphère.

Paradoxalement, de l'autre côté de l'échiquier, là où on défendrait ou tout au moins on essayerait de présenter Melania Trump sous un angle plus favorable, on retrouve aussi certains attributs du "Melania Trump bashing", mais orientés de façon positive...

samedi 22 octobre 2016

VOL AU DESSUS D'UN NID DE COCARDES


Comme le dirait le "Canard Enchaîné", le mur du çon a été franchit avec fracas en février dernier par cet avion "à réaction", pour ne pas dire réactionnaire, qu'est le gouvernement croate. Les ministres y ont validé le nouveau nom que devrait porter désormais l'aéroport de Zagreb, qui jusque là se nommait Pleso, du nom de la petite bourgade où il se trouve. L'aéroport portera désormais le nom de l'ancien président Franjo Tudjman, héraut de l'indépendance, connu aussi pour ses méthodes autoritaires, ses accords secrets avec Milošević, sa bienveillance envers les organisations croates les plus extrémistes, son refus de faire évacuer les civils de Vukovar pour augmenter son capital de ville martyre, et sa probable responsabilité dans certains assassinats d'opposants ou de Serbes...(Liste non exhaustive).
Cet aéroport, rénové entre autres par Bouygues et Aéroports de Paris, se veut "une porte de la Croatie vers le monde (...), dont bientôt nous n'aurons plus honte quand des voyageurs du monde entier y atterriront", selon le ministre croate des transports, cité par le portail Index.hr, et qui parle bien sûr du résultat des travaux. 

vendredi 1 juillet 2016

COPS ARE NOT ALL BASTARDS


Ce vendredi 1er juillet 2016, Osijek, principale ville de la région de Slavonie en Croatie, rend hommage à Josip Reihl-Kir (photo ci-dessus) via un séminaire, à l'initiative du Centre d'Etude pour la Paix (Centar za mirovne studije), pour les 25 ans de son assassinat.

Fait oublié mais pourtant notable, le 1er juillet 1991, une semaine après la déclaration d'indépendance de la Slovénie, Josip Reihl-Kir, policier croate dont le seul tort est d'être un "modéré", est assassiné près d'Osijek.

dimanche 8 mai 2016

L'EMANCIPATION PAR LE SERBE

L'actualité musicale croate a été marquée récemment par l'apparition d'un nouveau groupe punk à Zagreb, lequel n'a pas tardé à se faire un nom, et c'est le cas de le dire, au delà même des frontières de la Croatie. Même l'infâme torchon serbe "Kurir", pourtant plus proche d'un Closer sous silicone que du fanzine DIY tapé à la machine, en a parlé, via une interview du batteur Davor Hranjec (photo ci-contre). Comme quoi, la presse-poubelle est bien comme l'objet auquel elle fait référence: c'est rempli de m... mais parfois on y trouve quelque chose d'intéressant.

Ce groupe croate a choisi un patronyme qui questionne les relations "inter-ethniques" dans une Croatie où la classe politique et certains cercles à droite de la droite restent bloqués sur le logiciel belliciste de la guerre fondatrice de l'Etat.

Cessons là le teasing ! Le groupe s'appelle "Srbi", prononcer "Seurbi", un nom sec et bref comme le coup de couteau découpant une tranche de saucisson de Slavonie, et qui signifie dans l'idiome local "Les Serbes".

Voilà donc où on en est dans la Croatie d'aujourd'hui: y fonder un groupe et le bâptiser "Les Serbes" devient la quintessence suprême de la provocation "punk".

dimanche 24 avril 2016

COMPLOT SUR LA CROISETTE OU L'ART DE LA RUMEUR CONSPI POUR LES NULS

C'est officiel, Kusturica ne sera pas à Cannes cette année pour y présenter son nouveau film. Perso, voilà qui ne m’empêchera pas de dormir, le sort du cinéaste autant que les arcanes du grand raout cinématographique français m’indifférant globalement. L'info aurait pu rester ce qu'elle aurait dû être, un non-événement, et ne pas même constituer un sujet de post dans ce blog, qui avait décidé, il y a bien longtemps déjà, «d'en finir avec Emir Kusturica». Seulement voilà, cette info a suscité un buzz aussi excessif que dénué de réflexion, notamment suite à sa publication par Sputniknews, officine médiatique chargée de propager la bonne parole poutinienne en terre occidentale, telle l’évangile en d’autres temps. Un relais qui s’est fait en deux phases qui méritent qu'on s'y arrête, tant elles constituent un cas d'école de rumeur conspirationniste subtilement orchestrée. «Kusturica à Cannes, stop ou encore» via Sputniknews illustre aussi combien les réseaux sociaux et leurs emballements dépourvus de discernement contribuent à alimenter « la courroie de la grosse machine à nawak du monde moderne », pour reprendre l'expression de notre estimé confrère en blogging Odieux Connard, dans un post qui fit date, tant il visait juste dans le décryptage de la rhétorique conspi-facho, et de la complicité, dans sa propagation, de ceux qui prétendent combattre le "système".

samedi 27 février 2016

QUI VEUT LA PEAU DE L'OURS D'ARGENT ?

Je suis sincèrement ravi pour Danis Tanovic et l'Ours d'Argent qu'il vient d'obtenir à Berlin pour son nouveau film "Mort à Sarajevo". Et ce, malgré le fait que le film soit l'adaptation cinématograpique d' "Hôtel Europa", la pièce que l'insupportable BHL avait écrite et dirigée pour le centenaire de l'attentat de Sarajevo. 
Je ne l'ai pas vue mais, à la lecture du scénario et aux dires de mes "agents" en Bosnie-Herzégovine, elle semblait être un monument de poncifs masturbatoires du genre de ceux dont l'écrivaillon germanopratin est coutumier. Non loin d'ailleurs des terrasses de Saint Germain, et malgré quelques copinages du plan-média, "Hôtel Europa" fût aussi accessoirement un flop lorsque, parti des quais de la Miljacka, il atteint ceux de la rive droite de la Seine, le Théâtre de l'Atelier écourtant la diffusion de la pièce, le "tout Paris" ayant visiblement mieux à faire que de s'inquiéter du sort de l'Europe qui serait "morte à Sarajevo" (le crédo du "philosophe" à la chemise ouverte), et depuis, ne s'en serait pas remise.

Mais soit, bravo au réalisateur de "No Man's Land" pour ce prix, probablement mérité. Je tâcherai de m'en assurer à la sortie du film sur les écrans français.

En revanche, je ne puis m'empêcher d'être un peu perplexe face à certaines réactions et commentaires que je lis, depuis la proclamation du prix, dans certains médias et sur les réseaux sociaux bosniens. Je ne dis pas que ces réactions sont majoritaires et n'en tire aucune généralisation. Néanmoins, elles sont suffisamment présentes pour que je décide d'en faire un post.

mercredi 10 février 2016

MOSTAR VAUT BIEN UN BLOG


Yougosonic est heureux de vous informer que la petite famille des blogs dédiés à l'ex-Yougoslavie s'enrichit en ce jour d'un nouveau venu. 

Particularités, celui-ci sera entièrement consacré à Mostar, un choix éditorial de son auteure, qui, par ailleurs, s'exprimera en anglais, dans le but de toucher le plus grand nombre, et en particulier celles et ceux de "là bas".

L'auteure en question n'est pas inconnue des lectrices et lecteurs de Yougosonic. Il s'agit de notre complice "l'Etoile Noire" à laquelle j'avais donné "carte blanche", entre juillet 2012 et février 2014.

dimanche 31 janvier 2016

UN PONT TROP LOIN


Décidément, la "passionnante" vie politique croate aime régulièrement à se rappeler à notre bon souvenir. Il y a à peine plus d'un an, Yougosonic tentait d'approcher le phénomène Zivi Zid, surprise des présidentielles de l'an passé avec son 18% de voix. En novembre 2015, aux élections législatives, c'est le cartel répondant du nom de MOST ("Pont" en serbo-croate) qui a créé l'événement avec un score avoisinant les 18%, comme Živi Zid. Ce regroupement de "listes indépendantes" s'est constitué autour de plusieurs élus dalmates, dont Božo Petrov, physique de gendre idéal, look prépa HEC mâtiné de fils à papa, jeune et dynamique maire de la jeune et dynamique ville de Metkovic, à la frontière bosnienne.

jeudi 7 janvier 2016

CHARLIE/FERAL OU LA FRATERNITE D'ARMES DE LA SATIRE

Même si Yougosonic dénonçait récemment les buzz commémoratifs, participons néanmoins à celui autour des "attentats de janvier" et autre "Charlie, un an après", pour poser ici, retravaillée et complétée, une contribution que j'avais publié l'an passé sur Facebook, et qui me semble mériter d'être remise en circulation.

Précisons que ce qui suit n'est ni un soutien déguisé aux récupérations politiques de cette tragédie, ni forcément une adhésion complète à la ligne éditoriale de Charlie Hebdo. Je n'ai plus ouvert ce journal depuis longtemps, et j'en ai toujours été un lecteur irrégulier. Cet éloignement s'est renforcé avec Philippe Val aux manettes, et avec son détournement progressif du vieux fond anar potachique originel en un codex de la provoc' suggérant que ceux qui sont mal dans leurs pompes identitairement, socialement, intellectuellement ou politiquement, sont quand même et indistinctement de sacrés cons dont on peut se foutre de la poire sans états d'âme. Au delà de cet aspect, l'humour de Charlie Hebdo n'est pas celui que je préfère, trop franco-franchouillard et "prout-bite-couille" à mon goût. Ceci dit, je me marrais bien lorsque je tombais occasionnellement sur un numéro, et le journal savait proposer de très bons articles et enquêtes, sans parler du trait incisif et de l'esprit de synthèse des illustrateurs qui y officiaient, dont certains, comme Cabu, m'ont accompagné dès mon adolescence boutonneuse, Duduche incarnant alors un double fréquentable.

Voilà pour les mises aux points, mais que l'on soit Charlie, pas Charlie, charlatan ou, comme moi, Checkpoint Charlie, on regardera avec curiosité le reportage de 1994 de l'émission d'Arte "Transit" que je poste ci-dessous, revenant sur la rencontre entre l'équipe de Charlie Hebdo et celle du "Feral Tribune", le magazine satirique de Split en Croatie, goutte d'eau d'esprit critique et de déconnade dans un océan de nationalisme, de conformisme et de guerre qui grondait à 10-20 km de là.

mardi 5 janvier 2016

SMRT 2015, SLOBODA 2016 ?


"Mort à 2015, liberté à 2016 ?" titre ce post, adaptant la célèbre devise des Partisans Yougoslaves "Mort au fascisme, liberté au peuple!". Mouais...On en est bien loin aujourd'hui! Le fascisme est bien vivant, dans ses visages contemporains et polymorphes: pas seulement celui de l'orbanisation/lepénisation de l'Europe ou celui de la kalashnikov brandie au nom du très très haut, mais aussi dans les ordres pris aveuglément au FMI ou à la BCE, dans le néo-conformisme général, dans les calculs machiavéliques et les fuites en avant (ou plutôt en arrière) de nos décideurs, etc...etc... 

Quant à la "liberté au peuple", mieux vaut en glousser, surtout lorsque l'on voit comment le "peuple", cette entité que l'on invoque sans cesse à droite et à gauche et qui serait par nature respectable et pétrie de bon sens, profite régulièrement de sa liberté pour mieux la vider de sa substance.

Je crois que nous sommes nombreux à être d'accord que 2015 aura été une année bien pourrie, et pas seulement parce que votre blog préféré ;-) y aura brillé par son absence jusque très récemment ;-))). On ne la regrettera donc pas, tout en restant prudent pour celle qui commence, car l'année 2015, après nous avoir imposé les divers pertes et fracas que l'on sait, doit à mon sens nous inciter à la modestie. Je me garderai donc de faire des grandes prédictions, ni de céder à un lyrisme excessif, parce que je ne sais pas vous, mais moi je crois que nous entrons pour de bon dans les zones de turbulences de l'inconnu, et qu'à priori ça ne s'annonce pas très glop.

Alors ? Et bien souhaitons nous à tous de parvenir à garder la tête froide, de rester libres, forts et lucides, de résister à notre humble niveau à la merde ambiante et aux divers lavages de cerveaux en cours. Cultivons nos jardins secrets, nos patates, le beau, le simple, l'amitié, le rire... Gaussons nous autant que possible de la folie générale et de ceux qui l'alimentent. Mais restons vigilants et surtout restons nous-mêmes : restons fous pour ne pas le devenir vraiment!

C'est dans cet état d'esprit que l'on continuera ici de vous entretenir de la Yougosphère.
Très bonne année 2016 à toutes et à tous !

mardi 29 décembre 2015

FETE DE CLOTURE



L'info n'est guère parvenue jusqu'à nous, mais elle mérite pourtant qu'on s'y arrête, tant elle est significative de ceux que certains appellent déjà "l'Orbanisation de l'Europe", c'est à dire l'avènement d'une Europe national-populiste à la Viktor Orban, qui fait tâche d'huile et contamine presque l'ensemble des classes politiques européennes.
En novembre dernier, la Slovénie, emboîtant le pas à la Hongrie, réalisait l'un des rêves humides du militant FN de base, en déployant des fils de fer barbelés le long de sa frontière avec la Croatie, dans le but d'arrêter le flot des réfugiés qui remontent la péninsule balkanique pour rejoindre les terres riches et travailleuses d'Europe du nord. La coalition de "centre droit" qui dirige actuellement la Slovénie semble frappée de strabisme divergeant vers les extrêmes.


lundi 21 décembre 2015

HARDCORE DE DAYTON

"Seulement 4 millions de personnes ont la chance de vivre en Bosnie-Herzégovine, 
les autres n'ont pas cette chance...mais ils ont tout le reste."

Dans la société multimédiatique qui est la nôtre, les commémorations et autres anniversaires de faits d'histoire récente ont quelque chose à la fois d'irritant et de dérisoire. Des événements qui avaient complètement disparu des radars remontent à la surface et occupent l'espace médiatique, au point qu'il est impossible d'y échapper. Tout le monde y va de son dossier, reportage, enquête, retour, rappel, et l'on finit par se sentir soi-même obligé d'y apporter notre grain de sel, mû par ce vieil esprit de meute qui sommeille en nous, et à qui notre mode de vie hyper-connecté a donné une nouvelle dimension. Tout ça dure quelques jours, peut-être une semaine, puis s'efface et replonge dans l'oubli et le silence jusqu'au prochain "anniversaire", lequel sera à nouveau ressorti des placards sur des délais symboliques et faciles en termes de repères temporels : un premier point 5 ans après, puis on passe aux dizaines, quinzaines, jusqu'aux 20 ans où on fera un effort spécial dans le "buzz" commémoratif.

Certaines de ces commémorations multimédiatiques donnent l'impression qu'on rallume brièvement la lumière et qu'on dit "ah, tiens, vous êtes là, vous ? Dites donc, ça n'a guère changé chez vous! Vous auriez pu passer l'aspi et redonner un petit coup de peinture. Bon, allez, je vous laisse. Au revoir!".

Telle est la sensation qu'on peut avoir avec les 20 ans des accords de Dayton. Comme pour les 20 ans du siège de Sarajevo (relire ici mes réflexions d'alors), on a brièvement ressorti la Bosnie-d'Herzégovine des brumes d'indifférence dans lesquelles elle végète habituellement. On a rallumé la lumière pour constater que tout va mal, que rien n'est réglé, que rien n'a changé, et qu'il n'y a rien à faire.


lundi 7 décembre 2015

PEUT ON EFFACER DAMIR AVDIC ?

Celles et ceux qui suivent ce blog fidèlement savent qui est Damir Avdić (prononcer Avditch). Je le convoque volontiers en ces pages et j'ai traduit deux de ses chansons. Damir Avdić est, à mon sens, l'un des artistes les plus intéressants de l'espace yougoslave post-guerre, et je ne suis pas le seul à le penser. Son regard aiguisé, sans compromis, n'épargnant personne, interroge les enjeux politiques et sociaux de la Yougosphère, ainsi que ceux de notre monde en mutation. Comme beaucoup d'autres artistes ex-Yougoslaves, Damir Avdić pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses, jouant volontiers la carte de l'ironie ou du double langage, pour inciter l'auditeur à réfléchir sur ses propres choix idéologiques et sociétaux. Damir Avdić a ainsi mis des mots, sévères mes justes, sur le désarroi politique né sur les ruines de l'ancien Etat, soumis à la violence de la transition économique et à celle du nationalisme.Voilà pour un rapide résumé de l'approche artistique, car là n'est pas le propos aujourd'hui.

L'hebdomadaire Mladina révèle cette semaine que l'administration slovène  retire à Damir Avdić son permis de séjour et son statut d'artiste.

mardi 1 décembre 2015

PEACE, LOVE AND YOUGOSONIC !



Cela n’aura pas même échappé au visiteur occasionnel, ce blog a connu la plus longue pause de sa jeune existence (4 ans à peine). Plus rien n’a été posté depuis décembre dernier, et le réseau social lié au blog est lui aussi en coma sabbatique depuis le printemps. A l’heure où je reprends le clavier, remercions tout d’abord celles et ceux qui se sont émus voire inquiétés de cette absence prolongée et rassurons l’ensemble de notre estimé lectorat quant à notre santé et autres sujets de préoccupation. Je ne m’étendrai pas trop longuement sur les raisons personnelles de cette déconnexion: disons pour faire court que la «real life» était au bord de la crise de nerf depuis un moment. Cette année 2015 a donc consisté à faire une remise à plat en mode tirage de chasse d’eau. Le blog comme son excroissance facebookienne s’en sont trouvés mis en veilleuse, d’autant que ce «reset» existentiel a vu poindre en parallèle le syndrôme que connaissent occasionnellement d’autres blogueurs: le coup de la panne, la perte d’inspiration, l’impression de tourner en rond, d’avoir fait le tour, de parler de la même chose même si chaque fois d’une autre manière...