jeudi 25 juillet 2013

NOS ANCETRES LES EFFACES

C'est un fait relativement méconnu du grand public, mais au moment de l'indépendance de la Slovénie, plusieurs milliers (1) de citoyens habitant le pays, parfois depuis plusieurs décennies, ont été "izbrisani"/"effacés" des registres officiels et donc privés de leurs droits civiques. Ils sont devenus des sans-papiers, voire des apatrides. Leur tort, être d'origine serbe, croate, bosniaque, macédonienne, monténégrine, etc., dans un nouvel Etat où l'ancienne patrie unitaire et sa devise de "fraternité et unité" n'avaient plus cours. La question des "effacés", moins spectaculaire que la purification ethnique orchestrée à coup de kalashnikov, viols et tortures, a aussi généré son cortège de drames humains et de douleurs. 

mercredi 3 juillet 2013

BOSNIAN RESET

La Bosnie-Herzégovine manifeste depuis près d'un mois, quasi sans faiblir, à la grande surprise générale. Le JMBG (Pour "Jedinstveni Maticni Broj Gradjana"/n° d'identification personnel civil, équivalent de notre numéro de sécu), ou plus exactement, l'impossibilité de sa délivrance pour cause de querelles politiques, a été le catalyseur du mécontentement d'une population, lassée d'être "l'otage" de ses dirigeants adeptes du "diviser pour mieux régner" sur un pays en stand-by permanent. On ne reviendra pas sur les faits : ceux qui ont besoin d'installer une mise à jour de leur actualité balkanique iront chez notre frère d'arme en blogging Guillaume Tesson, qui livre dans son "Next Stop Sarajevo" une excellente synthèse à plusieurs voix de la situation. C'est l'une des couvertures les plus pertinentes sur ce qui se passe que j'ai pu trouver dans le web francophone à ce jour. Les médias frenchies, hormis le Courrier des Balkans et BH Info, dont c'est le job, et quelques rares autres exceptions, sont littéralement passés à côté de l'événement, avant de se réveiller, il y a peu, en nous  jetant les bébés avec l'eau du bain, confondant la goutte qui a fait déborder le vase avec l'eau qui tournait au vert glauque dans le vase depuis un certain nombre d'années.

dimanche 2 juin 2013

ANTIFASCISME EN FREE DOWNLOAD

En ces temps troublés, entre le pavé stambouliote où des milliers de manifestants se battent pour sauver leur cadre de vie de la spéculation, au pavé parisien où des milliers de manifestants se sont battus pour "limiter" le cadre de vie d'une partie de leurs compatriotes homosexuels (cherchez l'erreur), en passant par Prijedor où les vivants de la "mauvaise ethnie" sont priés de ne pas honorer leurs morts victimes de la purification ethnique, il est intéressant de relayer l'initiative qui a vu la mouvance "antifa" (=antifasciste) d'ex-Yougoslavie, et différents groupes de ce territoire éditer la compilation "Zajednicka borba" (prononcer "Zayédnitchka borba"). Ce "combat commun" qui donne son nom à la compilation, c'est le combat contre le fascisme qui domine aujourd'hui les sociétés post-yougoslaves, et que ce blog dénonce régulièrement. 

vendredi 26 avril 2013

CARTE BLANCHE A L'ETOILE NOIRE (4) : ENSEMBLE VIDE (2/2)


Nouvel épisode de notre feuilleton en forme de carte blanche. En suite directe de la récente ballade dans le quartier de Podhum, hanté par ses ombres et ses non-dits, l'Etoile Noire nous entraîne aujourd'hui sur les pelouses du stade de Velež. Au football, comme dans les autres domaines de la vie courante en Bosnie-Herzégovine, il faut choisir son camp. Bon match !

Du rouge. Du rouge, du rouge, du rouge, du rouge. Du rouge sur les murs, du rouge dans le ciel aussi. J’habite du côté rouge de la ville, ça me revient chaque fois que je passe devant le bar des Ultras au bout de la grande rue de Podhum (1). Il y a toujours, assis à la micro terrasse, deux ou trois types qui ne savent pas sourire. Ils sont là, au croisement, comme des guetteurs. Ils n’aiment pas mes amis et bêtement je pense que j’aurais du mal à aimer les leurs.

Je déteste le football et bien plus encore, j’ai peur des stades. Comment en effet, ne pas remarquer qu’avec une affolante régularité, les conflits commencent dans les stades qui, invariablement se transforment ensuite en prisons, puis en lieux d’exécution. Je ne peux pas entendre le mot « stade » sans penser à l’agonie de Victor Jara dans celui de Santiago.
Aujourd’hui, c’est le Gradski Derby de Mostar. Velež contre Zrinjski, les blancs contre les rouges, les Ultras contre Red Army, la police spéciale contre Mostar, le chagrin contre l’impunité.


dimanche 14 avril 2013

PRESSE, PRESSION, REPRESSION...LE CAS DOMAGOJ MARGETIC

Depuis 35 jours à l'heure où j'écris ces lignes, le journaliste d'investigation croate Domagoj Margetić (prononcer Domagoï Marguétitch) est en grève de la faim à Zagreb, dans l'indifférence générale des médias occidentaux, pour qui il semblerait que seuls quelque agitation à la frontière kosovare ou les concerts d'un célèbre musicien originaire de Sarajevo plagiant le répertoire tzigane méritent un papier...

Margetić entend protester contre la difficile situation des journalistes en Croatie, qui, s'ils ne montrent pas patte blanche et n'écrivent pas des articles consensuels, sont volontiers exclus des médias, quand ils ne sont pas intimidés plus violemment. Lui même a reçu récemment des menaces de mort.

vendredi 29 mars 2013

CYRILLE ET METHODE EN TERRAIN MINE

Panneau indicateur à l'époque yougoslave
C'est l'une des infos de ce début d'année dans la Yougosphère, Vukovar serait sur le point de voir réapparaître l'alphabet cyrillique dans ses rues, en vertu d'une loi de l'Etat croate sur les minorités, que le gouvernement, soucieux de faire bonne figure à quelques mois de l'entrée dans l'UE, s'apprête à faire passer. En l'occurrence, dans chaque commune où les Serbes, ou toute autre minorité (1), pèse plus de 30% de la population, obligation sera faite que la "langue" de la minorité en question soit officiellement présente dans l'espace publique : panneaux indicateurs, institutions, etc.

lundi 11 mars 2013

LA FEMME YOUGO ENTRE TITO ET TURBO

Affiche Yougoslave pour le 8 mars.
C'était récemment la "Journée internationale de la femme" et j'adore ce genre de "journées" où l'on se donne bonne conscience avec des causes, en général louables, dont on se lave les mains les autres jours...Grands seigneurs, les messieurs auront été gentils en ce jour, ils auront fait la vaisselle, et vraisemblablement enrichi le secteur du commerce de fleurs coupées, où les femmes afghanes et nos femmes battues ne figurent pas en tête de gondoles, avant de reprendre le lendemain les bonnes habitudes du sexisme ordinaire...

Ce point de vue cynique et ironique se marie assez bien avec l'hypocrisie de la société socialiste autogestionnaire de la Yougoslavie titiste, où, officiellement, l'égalité homme-femme était l'une des valeurs dominantes. 
En réalité, dans la très patriarcale et machiste Yougoslavie, le 8 mars consistait en gros pour les hommes à offrir des fleurs à leur femme ou à leurs collègues féminines, quand ce n'était pas des casseroles ou des fers à repasser...et le lendemain, tout redevenait comme avant. 

vendredi 1 mars 2013

SI LA CULTURE COÛTE CHER ESSAYEZ L'IGNORANCE (1)

Photo (c) Midhat Poturović - Radio Slobodna Evropa


On a déjà évoqué maintes fois par ici la situation des musées de Sarajevo qui ferment les uns après les autres, faute de moyens, mais aussi (et peut être surtout) en raison de l'incompétence de leurs dirigeants issus de la particratie bosnienne... 


Yougosonic s'associe à son niveau à la campagne de sensibilisation organisée du 1er au 4 mars par la plateforme "Culture Shutdown". Elle consiste pour les musées participants à barrer une oeuvre d'un scotch fourni par l'organisation, à l'instar des musées fermés de Sarajevo, barrés par des planches ou des banderoles. 


Tous les détails de l'opé dans le lien (en anglais) ici.

Le blog reviendra sur cette situation tragique pour la vie culturelle bosnienne dans un post à paraître sous peu.

samedi 9 février 2013

CARTE BLANCHE A L'ETOILE NOIRE (3) : "ENSEMBLE VIDE" (1/2)

Suite de notre Carte blanche à l'Etoile Noire, cette ballade à la fois intuitive, subjective et complice dans Mostar, centre de l'Herzégovine qui se dévoile au fil des épisodes. Pour celles et ceux qui prennent le train en marche, les n°1 et 2 sont ici et

C’est de Lučki Most que la vue sur le Vieux Pont est la plus saisissante, mais personne ne vient jamais le regarder d’ici. C’est de Lučki Most qu’on observe le mieux la façon presque naturelle dont Stari Most s’insère dans ce canyon de la Neretva, à l’endroit précis où il est le plus étroit. J’aime m’arrêter à la gargotte qui fait l’angle du pont et de Titova. Au fond trône le portrait d’Alija en chef de guerre, coiffé de son béret. La terrasse est bordée par de magnifiques rosiers qui survivent mystérieusement au bord de la circulation incessante des voitures.


Stari Most vu de Lucki Most
(c) Crna Zvijezda


Lučki Most mène à Donja Mahala, petit quartier, comme un appendice, coincé entre Hum et la Neretva, s’étirant de Stari Most au pont Hasan Brkić.
C’est un quartier que j’ai toujours trouvé étrange. Un quartier ni mort ni vivant, un quartier où l’on se sent ni le bienvenu ni rejeté, un quartier où personne ne te parle mais où tout le monde veut savoir d’où tu viens, ce que tu fais et surtout pourquoi tu es là.

jeudi 10 janvier 2013

VOEUX A LA NATION, BILAN D'ETAPE ET POUR EN FINIR AVEC LA FIN DU MONDE

Yougosonic souhaite à ses lectrices et lecteurs une belle et heureuse année 2013 : santé, bonheur, réussite, amour, amitié, fraternité et unité...et tout ce que vous jugerez bon d'ajouter.



Les voeux de la télévision de Zagreb en 1969 (année de naissance de votre serviteur).
Délicieuse kitscherie d'un temps plus insouciant que le nôtre.

Je sais que je suis un rien en retard, et que du coup, les voeux de la maison nous situent à deux pas du Nouvel An orthodoxe. Aucun prosélytisme cependant chez le mécréant que je suis, juste une fin d'année coincée au niveau du dos ne favorisant pas la position assise du nerd devant son écran, un bref coup de spleen de retour à l'apnée hivernale après un mois et demi livré aux marchands du temple, suivis d'une reprise du "kuca-pos'o" (le métro-boulot-dodo" des Yougos) en flux tendu comme Vukovar en passe réintroduire le cyrillique.

dimanche 23 décembre 2012

SPLITTING IMAGE (2) : FICHE DE VOCABULAIRE

Les mots que nous utilisons sont notre manière de "dire le monde", et lors de mon récent séjour à Split (dont j'ai livré un premier rendu récemment), certains termes, concepts, noms, sont revenus comme des leitmotivs. Ils constituent à leur façon un état des lieux oral de la Dalmatie d'aujourd'hui, et je tiens donc à les partager. Plutôt qu'un abécédaire et son côté catalogue, j'ai opté pour le même principe de la "roue libre" que dans le post précédent, ce qui me paraît plus parlant.
Un post spécialement dédicacé à tous mes lectrices et lecteurs francophones qui apprennent le serbo-croate, et qui trouveront là, n'en doutons pas, de quoi enrichir leur vocabulaire de nuances insoupçonnées ;-).

jeudi 29 novembre 2012

SPLITTING IMAGE

Après deux mois de rude labeur, ce qui explique en partie des publications un peu plus sporadiques, qu'heureusement notre amie l'Etoile Noire aura compensé de sa belle plume avec sa carte blanche (à relire ici et ), le taulier s'est offert début novembre, avec Madame, un petit break à Split, 2e ville de Croatie (400 000 habitants) et capitale de la Dalmatie.
Pas radin, on a choisi d'en faire profiter les copains, et nous vous proposons, chers lectrices et lecteurs, un rendu dans ce blog, à travers deux à trois posts qui compileront les souvenirs, impressions, enseignements de ce séjour, et quelques éventuels compléments d'info.

Spécial pour les copains, les Alpes vues d'avion quelque part entre 
l'Autriche et la Slovénie.
Au loin, sous les nuages, l'Adriatique !


Un rendu en mode "freestyle", quelque part entre la carte postale et le carnet de route, la soirée diapo et le vagabondage gonzo, à l'instar de cette première partie où nous lâchons en roue libre quelques observations et ressentis.

lundi 29 octobre 2012

ESSAIS DE SURVIE EN MILIEU TURBOFOLK

On a déjà occasionnellement évoqué dans ce blog, et pas en bien, le turbofolk, cette musique infâme qui a rythmé l'avènement de Milosevic en Serbie, puis les guerres qui ont suivi. Ce cocktail de variété orientalisante, d'électronique bas de gamme et de musique de mariages (et d'enterrements) balkaniques s'est imposée inéluctablement via la force de frappe télévisuelle et radiophonique dans une société en pleine phase de retraditionalisation.

Contrairement à certaines idées reçues, le turbofolk s'est d'ailleurs diffusé bien au delà des frontières de la Serbie et de ses satellites irrédentistes de Croatie et de Bosnie-Herzégovine, pour prospérer dans les autres territoires de l'ex-fédération yougoslave. Même dans la très "européenne" et balkanaphobe Croatie, une frange non négligeable de la population avoue un attrait coupable pour la musique de Ceca, la veuve du paramilitaire mafieux Arkan, et l'une des icônes du genre, qui donne volontiers des concerts à Zagreb ou sur la Riviera dalmate.

mercredi 17 octobre 2012

CARTE BLANCHE A L'ETOILE NOIRE (2) : DIVISION BELL !

Le blog reprend du service, avec la suite de notre "carte blanche à l'Etoile Noire", dont le premier épisode, paru cet été, est à (re)lire ici. A travers cette carte blanche, Mostar se dévoile peu à peu. Un portrait à la fois intime et complice de cette ville, de ses charmes et de ses secrets. Bon voyage !

Je me rends chez Monsieur et Madame Pandur. Artisans fantastiques d’une tradition mostarienne qui se perdra, Mr et Mme Pandur ont une magnifique toute petite boutique à l’entrée de Kujundžiluk, là, au coin à droite, avant la descente qui offre cette vue surprenante sur Stari Most



Photo (c) Crna Zvijezda

Les pièces de cuivres ou autre métal, grattées, sculptées, travaillées puis parfois peintes, émaillées, offrent une vision personnelle et moderne des symboles herzégoviniens. Le soleil, les stecak de Radimlja, la Neretva, les branches de grenadiers, et le Vieux Pont bien sûr. Et beaucoup d’autres choses aussi.. 

lundi 10 septembre 2012

ENCLAVE OFF DE SAISON

Après plusieurs mois d'attente, la programmation de la "saison croate" qui démarre en ce moment en France, sous le slogan imparable (hum!) de "Croatie, la voici", nous est enfin révélée. Globalement, l'ensemble est plutôt alléchant, et nous vous invitons, si le bled où vous habitez a la chance d'accueillir l'un ou l'autre des projets de la saison, à aller écouter, voir, lire, découvrir ce que la scène artistique de se pays a à nous offrir.

jeudi 9 août 2012

HARCELONS MITTAL !

(c) Tim Hales/AP
Numéro 1 mondial de l'acier, coqueluche du CAC 40 et de Forbes qui a classé son patron comme cinquième fortune du monde, Arcelor Mittal a le vent en poupe. La boîte du sémillant milliardaire indo-britannique Lakshmi Mittal est actuellement consacrée à Londres. Son Arcelor Mittal Orbit (photo ci-contre), inélégant mélange de mécano de ferraille et de montagne russe se regardant le nombril, est l'une des constructions qui signale, tel le phare à l'horizon, le Londres nouveau, celui des Jeux Olympiques qui envahissent actuellement nos écrans (entre deux giclées de sang syrien), et qui ont surtout envahi le modeste quartier de Stratford, dont l'ambiance bon enfant de village "cockney" ne sera bientôt plus qu'un souvenir

On l'a échappé belle à Paris, soit dit en passant, encore que Paris n'a pas attendu les hypothétiques JO pour virer la majorité de ses pauvres au delà du périph' mais c'est un autre débat...

mardi 24 juillet 2012

CARTE BLANCHE A L'ETOILE NOIRE : LE HAVRE (1)

Il y a quelques mois, alors que Yougosonic soufflait sa première bougie, nous avions annoncé quelques nouveautés pour le blog, parmi lesquelles l'envie d'ouvrir occasionnellement celui ci à d'autres "plumes 2.0" ayant des choses à dire sur l'ex-Yougoslavie. Premier round aujourd'hui de cette nouvelle rubrique, intitulée tout simplement "Carte Blanche". Nous avons le plaisir d'accueillir "L'Etoile Noire", une lectrice fidèle du blog que nous avons, devant la pertinence de ses remarques sur Facebook ou ici même, convié à venir partager un peu de son ex-Yougoslavie à elle. 
En l'occurrence, c'est à Mostar, en Herzégovine, où l'Etoile Noire a vécu plusieurs années, que cette carte blanche nous emmènera. Une balade en plusieurs épisodes, mi-docu, mi-romancée, une sorte de feuilleton, où peu à peu se dessinera l'attachante complexité de cette ville. Bon voyage, chers lecteurs, et bienvenue à l'Etoile Noire à qui nous donnons la parole : 

samedi 7 juillet 2012

LAST EXIT FROM GUCA

L'été est arrivé et avec lui a démarré le cycle infernal des grand'messes festivalières, cette version moderne du pain et des jeux.

"Jeunesse yougo gâchée"
Tee-shirt d'un festivalier à Exit, saisi par (c) Dragan Markovic

L'ex-Yougoslavie n'échappe pas au phénomène festivalier, lequel constitue bien souvent l'un des seuls loisirs pour une jeunesse pour qui les vacances se bornent, au mieux à aller se faire entuber au Monténégro ou se faire mépriser en Dalmatie, au pire à végéter au pied du Bloc 69 à Novi Beograd ou ailleurs. Le phénomène est d'autant plus intéressant à observer que le territoire héberge deux des grands blockbusters événementiels qui attirent les jeunes occidentaux tentant de concilier esprit routard (version guide du) et décibels bigarrées. Le hasard (quoique?) veut qu'ils soient situés tous les deux en Serbie.